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Immatriculation Moto : Le Mali se met à la page !
Depuis le 15 juin 2026, quelque chose a changé sur les routes maliennes. Le gouvernement de transition a lancé une opération d’immatriculation obligatoire pour tous les deux-roues et tricycles du pays. Une décision qui fait parler, qui bouscule les habitudes et qui dit beaucoup sur l’état d’un pays en pleine lutte contre le terrorisme. Derrière […]
Publié par Pierre Hello | Dernière mise à jour : 18/07/2026
Depuis le 15 juin 2026, quelque chose a changé sur les routes maliennes. Le gouvernement de transition a lancé une opération d’immatriculation obligatoire pour tous les deux-roues et tricycles du pays. Une décision qui fait parler, qui bouscule les habitudes et qui dit beaucoup sur l’état d’un pays en pleine lutte contre le terrorisme.
Derrière cette mesure administrative se cache une réalité bien plus profonde. Celle d’un Mali qui cherche à reprendre le contrôle de son territoire, un engin à deux roues à la fois.
Mali : quand la sécurité nationale met les deux-roues à l’arrêt
Au Mali, la moto n’est pas qu’un simple moyen de transport. C’est souvent le seul. Celle qui permet d’aller travailler, de traverser des quartiers entiers, de faire vivre une famille. C’est aussi, aux yeux des autorités de transition, un vecteur de mobilité pour les groupes armés qui sèment la terreur sur le territoire. C’est de ce constat qu’est née l’opération spéciale d’immatriculation, lancée le 15 juin 2026.
Un contexte sécuritaire qui ne laisse plus de place au flou
Depuis plusieurs années, le Mali fait face à une pression djihadiste qui s’étend bien au-delà des zones désertiques du nord. Les autorités ont fini par pointer un problème très concret. Des milliers de motos circulaient sans aucune identification. Anonymes, introuvables, impossibles à tracer. Le slogan gouvernemental résume l’ambition à lui seul : « chaque moto doit avoir sa plaque« .
L’opération s’inscrit dans un arsenal de mesures sécuritaires déjà en place. Quelques jours plus tôt, le 3 juin, une interdiction de circuler à moto hors des grandes villes avait été décrétée. Son application restait très inégale selon les zones. L’immatriculation des motos, elle, se veut plus systématique, plus traçable, et surtout plus durable.
Une organisation déployée sur presque tout le territoire
Le ministère des Transports a mis en place vingt-huit centres répartis à travers le pays. Les propriétaires de deux-roues et tricycles non immatriculés doivent s’y présenter munis de leur pièce d’identité. Mais aussi des documents du véhicule évidemment et de 12 000 francs CFA (l’équivalent de 18€). Le paiement s’effectue uniquement via Tresor Pay, la plateforme de paiement électronique du Trésor public. Accessible en ligne ou depuis une application mobile.
Dès le premier jour, les images ont parlé d’elles-mêmes. Des files interminables, des foules massées devant les centres, une affluence que peu avaient anticipée. La population a répondu présente, même si ce n’est pas toujours de gaieté de cœur.
À noter toutefois une absence qui ne passe pas inaperçue. Aucun centre n’a été ouvert à Kidal. La ville est sous le contrôle du groupe jihadiste JNIM et des indépendantistes du FLA. Les représentants de l’État malien n’y sont plus présents depuis le 25 avril 2026. Une réalité que le journaliste Abdrahamane Keïta avait publiquement dénoncée. Ce qui lui a valu une arrestation et des poursuites judiciaires.
Une mesure soutenue, mais pas sans conditions
La société civile a salué l’initiative. Le Forum des organisations de la société civile du district de Bamako a reconnu la légitimité de la démarche dans un contexte de lutte contre le terrorisme. Mais il a aussi mis les pieds dans le plat.
Car 12 000 FCFA, dans un pays où les prix du carburant ont explosé au marché noir et où les coupures d’électricité paralysent chaque jour un peu plus l’activité économique, ce n’est pas rien. Les organisations ont plaidé pour un tarif différencié : 7 500 FCFA pour les motos à usage personnel, 15 000 FCFA pour les engins professionnels et les tricycles de type « katakatani ». Cette demande n’a pas été retenue.
Une autre revendication a été formulée avec autant de clarté. Que les porteurs d’uniforme soient soumis aux mêmes règles. Un geste qui aurait renforcé, selon les termes du Forum, « la confiance entre citoyens et institutions ». Les autorités n’ont pas répondu sur ce point. Et la date de fin de l’opération, elle, reste inconnue.
Ce que vous devez savoir sur l’immatriculation moto au Mali
L’opération lancée en juin 2026 a remis sur le devant de la scène des questions que beaucoup de Maliens se posent sans forcément trouver de réponse claire. Petit tour d’horizon de ce qu’il faut savoir.
Comment est la plaque d’immatriculation malienne ?
La plaque malienne a connu une modernisation notable ces dernières années. Depuis fin 2023, les règles générales d’immatriculation des véhicules sont définies par l’arrêté 5150 du 29 décembre 2023. Les plaques actuelles respectent les normes européennes, avec un format 520 mm par 110 mm pour les véhicules légers et utilisent la police FE-Schrift.
Pour les véhicules des particuliers, la combinaison suit le format « LL CCC LL », où L représente des lettres et C des chiffres. On retrouve également sur la plaque le drapeau national du Mali accompagné de la mention ML. Ainsi que le sigle de la région suivi du numéro de l’arrondissement pour le district de Bamako, ou du Cercle pour les autres régions. Les arrondissements de Bamako sont codés de A1 à A7, et les cercles de C01 à C20.
Ce système permet d’identifier non seulement le véhicule, mais aussi sa zone d’immatriculation. Un détail qui prend tout son sens dans le cadre de l’opération sécuritaire en cours, où la traçabilité est au cœur des priorités.
Pour les motos spécifiquement, le format de plaque est adapté à une taille plus réduite, mais les principes d’identification restent les mêmes. Chaque engin immatriculé obtient un numéro unique, lié à son propriétaire et à sa région. C’est précisément ce maillage que les autorités cherchent à étendre à l’ensemble du parc de deux-roues du pays.
Quel est le prix d’une carte grise au Mali ?
Le montant d’une plaque minéralogique est fixé à 6 000 FCFA par plaque. À cela s’ajoutent les frais liés à la carte grise elle-même. La carte grise en immatriculation est facturée 10 000 FCFA, auxquels s’ajoutent des droits de timbre de 1 600 FCFA par cheval vapeur.
Comme évoqué plus haut. Dans le cadre de l’opération spéciale lancée en juin 2026, le gouvernement a fait le choix d’un tarif unique simplifié : 12 000 FCFA, payables uniquement via Tresor Pay. Un montant qui regroupe l’ensemble des frais dans une seule transaction, pensé pour fluidifier le processus à grande échelle.
Ce tarif forfaitaire a toutefois été critiqué par les associations de consommateurs et de la société civile. Qui pointent la difficulté réelle pour les ménages les plus modestes de débourser cette somme en une seule fois. Dans un pays où le pouvoir d’achat est sous pression permanente, chaque franc CFA compte.
Ce que cette opération révèle, au fond, c’est que la question de l’immatriculation dépasse largement le simple cadre administratif. Au Mali comme ailleurs, avoir ses papiers en règle, c’est exister aux yeux de l’État. Et dans un contexte de crise sécuritaire, c’est aussi une façon de circuler librement, sans craindre d’être arrêté à chaque checkpoint.
Le Mali avance, une plaque à la fois
L’opération d’immatriculation des motos et tricycles est loin d’être anodine. Elle dit quelque chose d’important sur l’état du pays et sur la volonté de ses dirigeants de reprendre la main sur un territoire fragilisé par des années de crise.
Bien sûr, des questions restent en suspens. Le coût pour les ménages les plus vulnérables, l’absence de Kidal dans le dispositif, le silence des autorités sur les porteurs d’uniforme. Autant de points qui méritent des réponses claires.
Mais ce qui est certain, c’est que le Mali a décidé de bouger. Et que chaque moto immatriculée est, à sa façon, un petit pas vers un État qui se réapproprie ses routes.